Home / 0
Chargement Évènements
31
mai
dimanche

Une « modeste proposition » de la clown Carpate (L’art déconfiné)

31 mai - 1 juillet

LE DECONFINEMENT DES PAS N’INTERDIT PAS L’ENVOL DES ESPRITS

Chaque semaine, la « famille Arlequin » est invitée à se retrouver autour d’oeuvres numérisées proposées par des artistes de notre environnement spirituel. Cette programmation  d’un nouveau type est née dans la période de confinement imposée par la pandémie de covid 19. Elle a convaincu et se poursuit dans le semi-confinement de l’après-11mai 2020. Elle s’ajoutera sans doute durablement aux représentations en salle après que notre scène aura repris sa vie et ses couleurs.

 

Carpate – Une figure familière de l’Arlequin

Qui se cache derrière ne nez rouge de la clown Carpate ? Les habitués de l’Arlequin ont tous la réponse. C’est Maria Zachenska, la coordinatrice du théâtre, metteure en scène et comédienne (Compagnie Parallèle) qui nous a tous régalé avec sa trilogie de Shakespeare pour deux clowns. Elle remet le couvert, si l’on ose dire étant donné le sujet de cette Modeste proposition (suspense !), avec un pamphlet féroce et grinçant où elle donne toute la mesure de son talent clownesque. Cette fois, ce n’est pas directement sur scène – les conditions sanitaires ne permettent pas encore de réunir le public – mais quand même. L’espace de notre Arlequin a été mis à profit, dans le respect des règles de précaution, pour tourner cette belle captation d’un texte inoubliable de Jonathan Swift. Le faire dire par une clown est particulièrement approprié. Chacun pourra en juger en regardant le document proposé par notre programmation alternative.

 

Jonathan Swift – Un satiriste sans tabou

Jonathan Swift (1667-1745), auteur du texte, est surtout connu pour ses célèbres Voyages de Gulliver, contes satiriques qui critiquent avec verve les comportements sociaux, mais que beaucoup de versions édulcorées ont fait passer pour d’aimables fables pour enfants. Swift naît en Irlande, pays colonisé par les Anglais, soumis à une domination féroce et accablé de misère. Il est partagé entre sa révolte contre cette situation et son désir de prendre place dans la bonne société coloniale. Par certains aspects, Swift peut apparaître comme un arriviste. Il poursuit avec obstination une carrière cléricale dans l’église anglicane et finira doyen de la cathédrale Saint-Patrick de Dublin. Mais dans le même temps, il publie sous de fausses identités quelques uns des pamphlets les plus féroces qu’on ait jamais écrit contre les injustices sociales. La modeste proposition est l’un des plus célèbres.

 

La modeste proposition – Un chef d’œuvre de la littérature anticoloniale et de l’humour noir

La modeste proposition est un pamphlet ravageur, un plan imaginaire et monstrueux pour résoudre définitivement la question de la pauvreté en Irlande sous occupation anglaise. Swift use de l’ironie avec un extraordinaire talent. Jamais il n’est moralisant. Jamais il n’ennuie. Sa conviction anticolonialiste, il la sert par un texte dont la lecture, aussi glaçante soit-elle, provoque inévitablement le rire, au moins le sourire. On ne peut s’empêcher de penser aux distingués économistes qui justifient par la théorie libérale et des argumentaires d’apparence rationaliste les déséquilibres actuels du monde, dont souffre la majorité de l’humanité et qui dévorent tant d’existence. Jonathan Swift écrit au tout début du « siècle des Lumières » et sera suivi par beaucoup d’autres auteurs engagés contre l’injustice et pour la démocratie. Mais à entendre ce texte, on se demande s’il n’est pas en avance, très en avance sur ses successeurs. Il est en effet un des rares auteurs européens à aborder avec autant de pertinence le lien intime entre le racisme, le colonialisme et le malheur social. (photo : le Mémorial de la grande familne à Dublin)

 

MODESTE PROPOSITION

 pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à charge à leurs parents et à leur pays et pour les rendre utiles au public

Pamphlet de Jonathan Swift – Traduction française : Léon de Wailly

Avec Maria Zachenska – Images Pierre Cornouaille – Montage Chiaka Ouattara

 

Pas si loin de la vérité : à partir du XVIIe siècle, des centaines de milliers d’Irlandais sont vendus comme esclaves aux Amériques

La colonisation anglaise en Irlande fut d’une extrême violence et d’une certaine manière anticipa toutes les caractéristiques de ce que continua à subir l’Afrique durant les derniers siècles : racisme, déportation, esclavage, meurtres de masse… Un ouvrage de Sean Callaghan, The white cargo, révèle ces atrocités peu connues, notamment l’importance du commerce et de l’exploitation des esclaves irlandais dans les colonies britanniques d’Amérique. Au XVIIe siècle, les rois d’Angleterre Jacques 1er et Charles 1er, puis Oliver Cromwell ordonnent la déportations de masse des Irlandais vaincus. Les enfants n’échappent pas à ces atrocités. Pendant les années 1650, plus de 100.000 enfants de 10 à 14 ans sont pris à leurs parents et vendus en tant qu’esclaves aux Antilles, en Virginie et en Nouvelle-Angleterre. Pendant cette décennie, 52.000 Irlandais (des femmes et des enfants pour la plupart) sont vendus à la Barbade et à la Virginie. En 1656, Cromwell ordonne que 2000 enfants irlandais soient envoyés en Jamaïque et vendus aux colons anglais. Il semble que là est l’origine de terme « kid-napper », déformation de « kid-nabber », voleur d’enfants, qui est défini ainsi par le Dictionnaire Anglais des Bas-Fonds : « Voleur d’êtres humains, spécialement d’enfants ; à l’origine destinés à être exportés vers les plantations d’Amérique du Nord. » Telle est la toile de fond de la Modeste proposition, proximité avec l’histoire qui la rend encore plus glaçante. L’image est une planche caractéristique du « racisme scientifique ». Elle est censé manifester la supériorité raciale de l’Anglais (au centre) sur l’Irlandais assimilé aux « iberians », les « hispaniques » ou « latinos » d’aujourd’hui (à gauche) et l’Africain (à droite). 
 

En connivence avec BiBook, l’éditeur numérique africain

Cette programmation est GRATUITE, mais le théâtre de l’Arlequin s’associe à la SOUSCRIPTION de BiBook, l’éditeur numérique malien, entravé par la crise sanitaire dans son action en faveur de l’accès au livre et à la lecture en Afrique. BiBook est basé sur une application gratuite pour téléphone ou tablettes android développée par une jeune équipe d’informaticiens bamakois liée au réseau Culture en partage auquel appartient la compagnie BlonBa. Parmi les premiers titres publiés et gratuitement offerts avec l’application, il y a la Modeste proposition, texte qui, par son sujet, rencontre des préoccupations bien présente en Afrique. L’application est pensée pour le public africain, mais sur le WEB, il n’y a pas de frontières. Il est donc possible à tous, ici comme en Afrique, de télécharger l’application disponible sur la plateforme de Google Play store et d’y télécharger le texte de la Modeste proposition, ainsi que six autres textes de qualité, Celles et ceux qui souhaitent participer à la collecte en faveur de BiBook peuvent le faire (à partir de 10€) en cliquant sur le logo BiBook, lien avec la plateforme Leetchi où est gérée cette cagnotte.

Toujours visible dans le cadre de la programmation « L’art déconfiné ». Rendez-vous sur la page LA PROGRAMMATION de ce site

Caméléon, film de Tidiani Ndiaye, retour sur les chemins de sa vie

La guitare d’Abdoulaye, concert depuis sa chambre d’Abdoulaye Traoré

Bougouniéré invite à dîner, théâtre, Cie BlonBa (Mali), le « bailleur » viendra-t-il dîner ?

E il piano va, musique classique, depuis un salon de musique confiné de la Drôme

Dans la solitude des champs de coton, le chef d’oeuvre de Koltès entre confinements en Inde et en Belgique

Les nuits koteba, à la découverte d’un art de la liberté d’expression  et du rire venu de l’ancien Mali

Ala tè sunogo (Dieu ne dort pas), une comédie de kotèba entre satire de la corruption et poésie de la jeunesse

Andréya Ouamba, danseur encagé, le mouvement pour défier les murs

Dans les labos de la fabrique d’art, quelques expérimentations d’artistes confinés

A suivre ! Restez connectés !

 

 

 

 

 

Détails
Début : 31 mai
Fin : 1 juillet

Laisser une réaction

Your email address will not be published.