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26
novembre
samedi

JE SUIS NÉ D’UN RÉCIT BRÛLANT (Festisol)

26 novembre @ 20 h 30 CET

Ce spectacle est inclus dans une soirée FESTISOL (Festival des solidarités). Il est précédé à 18h30 d’une représentation de JE SUIS FREDERICK DOUGLASS, suivie d’un échange et d’une collation.

20h30

Je suis né d’un récit brûlant

Oraison civile

Texte, jeu et conception de Jean Alibert

« La voix humaine est le tuteur de la mémoire. Une mémoire narrative qui se souvient à travers l’imagination, et qui justement à cause de cela, peut toujours et sans cesse réinventer le monde en le racontant depuis le début. »

Marco Baliani

À propos de la colonisation, l’historien Benjamin Stora souligne : « Ce block » de notre histoire qui se trouve précisément à l’origine de la guerre d’Algérie n’a pas été assez exploré. (…) La société française n’a pas mémorisé l’histoire coloniale. La France s’est toujours considérée comme le centre d’une histoire profondément européenne, occidentale, absolument pas comme partie prenante d’une histoire venant de l’Afrique ou du monde arabe. Là se trouve en partie le refoulement dans la société, où plutôt la dénégation de la guerre d’Algérie : dans la méconnaissance de l’histoire coloniale. »

Je suis né d’un récit brulant explore le traumatisme vécu d’un enfant, hanté par l’horreur d’un massacre lié à la guerre d’Algérie et tu. En l’occurrence, les victimes de ce massacre sont des anciens colons et le père de l’auteur est alors le maire français de la ville algérienne de Tenira. Ses allusions à la tragédie d’Oran envahissent la mémoire de l’enfant. Devenu homme, il est travaillé par une question : « Comment en parler ? » Sa réponse est ce spectacle.

 

JEAN ALIBERT TÉMOIGNE

Je n’ai pas vécu personnellement ce que vécurent les Oranais européens et les harquis ce jour-là. Ma famille non plus. Ce qui me relie à cette tragédie s’est produit à un autre endroit en Algérie. À un moment important de la vie de mon père qui exerçait des responsabilités politiques en tant que maire de la commune de Tenira ce 5 juillet 1962.

« À Tenira, ce jour-là ça s’est passé proprement ! » ne cessait de répéter mon père. J’étais enfant. À force, je m’étais lassé de l’entendre revendiquer sa fierté dans la manière dont il avait organisé la cérémonie des couleurs, comment il avait lui même descendu pour la dernière fois le drapeau français, comment il l’avait plié, comment son premier adjoint avait alors hissé pour la première fois le drapeau algérien et comment une katiba de combattants pendant toute cette cérémonie avait rendu les honneurs aux drapeaux. Je ne comprenais pas encore, parce que j’étais sans doute trop englué par sa fierté, qu’en me racontant cela mon père faisait allusion à la façon dont ça s’était passé à Oran. En effet, j’ai appris bien plus tard qu’à Oran, pour la fête de l’indépendance, ce fut l’horreur.

Mais la mémoire du traumatisme de cette journée a été à tel point lissée en raison d’impérieuses nécessités, par une sorte de conspiration du silence liée de surcroît à une raison d’État à ce point tabou, qu’on aurait pu croire que ces 800 morts avaient disparu dans une catastrophe naturelle. Une tragédie propre en quelque sorte. Une tragédie propre est une catastrophe sans responsables. Un massacre qui se justifie. Une hécatombe d’indifférence qui prend sa place dans l’ordre immuable des choses, à tel point qu’à cette place elle peut même paraître utile. Mais le public sait bien depuis les Grecs que pour lui être véritablement utiles, les tragédies doivent être montrées au théâtre ! Je préfère donc évoquer avec lui ces questions et lui demander comment la douleur, l’amertume et le ressentiment des européens d’Algérie vis à vis de l’accueil qui leur avait été fait, furent aussi insupportables aux oreilles des français après 1962 ? Comment, à partir de cette année-là, leur sort, faute d’avoir été reconnu ou compris par eux mêmes et par les français tout au long des 60 années qui suivirent l’indépendance de l’Algérie fut finalement instrumentalisé pour servir de socle à une réinstallation progressive dans la société française d’un esprit nationaliste, populiste et rétrograde, nostalgique des idéaux de la colonisation ?

L’occultation de la mémoire du 5 juillet 1962 a participé de manière efficace à la façon dont la guerre d’Algérie, guerre coloniale mais aussi guerre civile, continue de faire symptôme dans notre société. Pour passer enfin à autre chose, il faut questionner ce symptôme. Parce que dit sur le théâtre il peut se révéler… il pourrait même être à ce moment là, vraiment utile pour se délivrer du passé. Qu’il se raconte… alors, sans s’la raconter !

Comment me souvenir à la fois de ce que je n’ai pas vécu et de ce que j’ignore encore, que je savais déjà ? Mais surtout comment cesser d’errer ? Comment sortir du pli ? En expliquant ? Ou en exfiltrant du pli le récit, d’une histoire qu’il m’est nécessaire d’entendre pour me délester du poids de la mémoire ?

Celui qui ignore son passé n’a pas d’avenir, non plus.

Jean Alibert

 

Details
Date: 26 novembre
Time: 20 h 30
évènement CatégoriesAfrique, septembre – décembre, Théâtre

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