LE DECONFINEMENT DES PAS N’INTERDIT PAS L’ENVOL DES ESPRITS
Chaque semaine, la « famille Arlequin » est invitée à se retrouver autour d’oeuvres numérisées proposées par des artistes de notre environnement spirituel. Cette programmation d’un nouveau type est née dans la période de confinement imposée par la pandémie de covid 19. Elle a convaincu et se poursuit dans le semi-confinement de l’après-11mai 2020. Elle s’ajoutera sans doute durablement aux représentations en salle après que notre scène aura repris sa vie et ses couleurs.
Cette programmation est GRATUITE, mais le théâtre de l’Arlequin s’associe à la SOUSCRIPTION de BiBook, l’éditeur numérique malien, entravé par la crise sanitaire dans son action en faveur de l’accès au livre et à la lecture en Afrique. Celles et ceux qui souhaitent y participer peuvent le faire (à partir de 10€) en cliquant sur le logo BiBook.
» Qu’est-ce que c’est ce truc là ? «
Qui n’a pas eu un jour cette réaction face à une oeuvre de l’esprit dont il ne connaissait pas les clefs, pour laquelle il n’avait pas de GPS ou qui peut-être était tout simplement un essai raté.
Les femmes et les hommes qui ouvrent des voies nouvelles aux mots et aux formes tombent rarement d’un coup dans la clairière ou le sous-bois recherchés. La programmation « L’art déconfiné » que l’Arlequin propose de semaine en semaine à la petite communauté qui s’est formée autour du théâtre avait dans ses objectifs de mettre des moyens à disposition des artistes et des poètes, privés de leurs débouchés in vivo. Nous avons souhaité montrer quelques travaux effectués à partir de concepts « à l’essai », faire entrer le public de l’Arlequin dans le laboratoire, l’inviter à suivre les modulations parfois immédiatement séduisantes, parfois rugueuses de l’imagination créative.
La nature de cette proposition me conduit à parler en mon nom propre. Deux de ces essais ont été proposés par Anne Sorlin, notre administratrice, deux par moi (JL Sagot-Duvauroux). Tout naturellement, nous entrions l’un et l’autre plus facilement dans les travaux que nous avions respectivement sollicités auprès d’artistes proches dont la grammaire nous était connue. La grâce du premier essai, Confins, nous a réunis dans l’immédiate dégustation de ce vagabondage poétique entre les mots, les accents et les espaces offerts à la contemplation des confinés.
CONFINS
Un film de Tiziana Bertoncini et Isabelle Jelen
Suite……
Je préviens tout de suite, le second essai proposé dans ce parcours n’est pas velouté. C’est un long plan séquence, dans le format vertical d’un smartphone, où l’on est invité à suivre sans aucun artifice décoratif le regard, disons plutôt l’oeil du confiné oisif. En parallèle, mais sans autre connexion sensible que la coïncidence temporelle, une musique, un « son » comme disent les hip-hopers. Yan Beigbeder, qui nous l’a proposé sur la demande d’Anne, est compositeur de musique dite expérimentale. Ma première réaction est de ne pas tenir la longueur. « Qu’est-ce que c’est ce truc là ? » Surtout : « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire ? » Ça me trotte dans la tête. Je me souviens aussi que j’ai du mal à goûter certaines oeuvres incontestables. Je n’aime pas beaucoup la musique de Beethoven. Ça ne juge pas Beethoven, mais les limites de ma sensibilité. Alors je me remets devant l’écran, beaucoup par égard pour Anne. Je reprends le visionnage. Et cette fois l’archet touche la corde… Par quel mystère, je n’en sais rien. Entre la dramaturgie du son et l’apparente vacuité de l’image, il se passe quelque chose comme ce qu’on ressent quand, lisant la page d’un livre, l’esprit perd le fil que suit l’oeil et s’envole vers d’autres espaces. Vide hanté ? Confinement ? Un conseil, mettez le son suffisamment fort pour qu’il submerge votre espace intérieur et laissez-vous porter par le flux…
20 minutes, environ, dans la vie d’un buissonnier disquaholique et confiné
par Yan Beigbeder
Suite……
Aboubacar Samaké est un jeune vidéaste qui vit à Sabalibougou, un des quartiers les plus populaires de Bamako. Il a installé son matériel et son ordinateur dans une de ces minuscules boutiques si caractéristiques de la capitale malienne. C’est là qu’il a construit sa passion professionnelle, glanant les marchés de circonstance, immortalisant les événements familiaux, mariages, baptêmes, anniversaires… Il est aussi membre d’une association du quartier, les JDSE (Jeunes diplômés sans emploi) qui y joue un rôle important d’animation culturelle et civique. Bien des spectacles produits par la compagnie BlonBa ont été présentés devant le public de ce quartier avant de rejoindre Morsang et le Coeur d’Essonne. Il y a deux semaines, Aboubacar m’envoie ça. Un petit clip dont il a certainement pensé à juste titre qu’il pourrait servir de document promotionnel pour la performance danse/arts plastiques dont il témoigne. Mais c’est aussi, surtout peut-être, comme un voeu, une communion avec un projet dont nul ne connaît encore l’aboutissement, qu’il imagine à sa façon, qu’il ajoute à la chimie de l’aventure. Juste une pincée de poésie, une idée faite image… L’univers que ce film pressent annonce une oeuvre programmée en Essonne et à l’Arlequin pour le prochain festival de performances Si(non)Oui proposé par le Collectif pour la culture en Essonne. Bienvenue dans ce recoin du laboratoire…
LA DANSE DES KOREDUGAW
Un film d’Aboubacar Samaké (SAM Prod)
Sculptures d’Ibrahim Bemba Kébé, avec le danseur Modibo Konaté
Suite……
‘J, le titre de l’ouvrage, est une élision inversée, une apostrophe adoucie par le je, le J. Elidé. Sans suite. » Qu’est-ce que c’est ce truc là ? « Cette fois, c’est Anne qui se met en point d’interrogation. Elle ne reconnait pas dans cet évolution labyrinthique entre les mots et les souffles le « talent » qu’elle aime chez cette poète qui toujours questionne la langue avec entêtement, mais qui sait aussi y révéler des saveurs immédiates. Sagot Duvauroux, le patronyme de Caroline, qu’elle s’entête à écrire (et à théoriser) sans trait d’union, dit de quelle façon elle rejoint la « famille Arlequin ». C’est ma soeur (j’en ai trois autres + trois frères !) Contrairement à Anne, et parce que je fréquente ce laboratoire adelphique depuis l’enfance, j’entre facilement dans cette lecture. Je l’entends. Elle me parle. Elle me dit ce qui se dit quand on parle. Ça me fait du bien. Anne, essaye encore une fois !
‘J – Texte et lecture de Caroline Sagot Duvauroux
Et ce bonjour pour se dire au revoir. Comme le coeur évadé de la parenthèse placé en ouverture de cette page, cette évasion-spirale est une image-texte de Gérard Paris-Clavel, infatigable inventeur de signes dont certains sont devenus emblématiques des mouvements populaires. Nom de sa fabrique de sens : Ne pas plier !
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